Nous sommes le 31 décembre 2025.
Il est 14h38 et je suis seule chez moi, dans mon appartement à Paris.
J’ai quarante ans dans deux mois et demi.
J’ai deux enfants.
Je suis sans emploi, avec un statut d’auto-entrepreneure et des idées plein la tête.
Je me suis séparée du père de mes enfants, je l’appellerai Miasme, à l’été 2023.
Cet été là, j’ai aussi rencontré celui que je considère comme le véritable amour de ma vie.
Aujourd’hui, je suis officiellement célibataire depuis environ un an et demi. Je dis officiellement car officieusement il fait pleinement partie de ma vie.
À la même période que ma séparation, j’ai confié mes enfants à leur père, parce que nous avions un projet, avec cet homme : déménager dans le Sud, partir vivre là-bas, bâtir quelque chose. Une vie. Une famille. Presque un empire, dans ma tête.
À terme, le projet était de les faire nous rejoindre, une fois les bases posées.
J’y croyais tellement fort.
Et tout s’est effondré du jour au lendemain, sans même que je le voie venir.
Ou peut-être que je le sentais venir, justement.
Trop.
À la veille de cette nouvelle année 2026, je me sens terriblement seule.
Comme je ne me suis jamais sentie seule.
Je n’ai absolument personne autour de moi.
Ni famille.
Ni amis.
Ni partenaire.
Personne pour me tenir chaud en cette période hivernale.
Et pourtant, lui se dit être l’homme de ma vie.
Il se dit ne pas être célibataire.
Il se dit à moi.
Il se projette dans un futur avec moi, avec mes enfants.
Alors qu’il ne m’a jamais laissée aussi seule depuis que je le connais.
Je rêve d’avoir quelqu’un sur qui m’appuyer.
Quelqu’un sur qui compter.
Quelqu’un face à qui je pourrais être moi-même, sans me cacher, sans avoir peur d’être jugée, sans avoir peur d’être abandonnée à cause de ce que je suis,
de qui je suis.
En écrivant ça, j’ai la gorge nouée, le ventre serré, le plexus prêt à exploser.
Car je pensais sincèrement l’avoir trouvé.
Écrire ça c’est beaucoup trop d’émotions d’un coup.
Mais j’en avais besoin.
J’avais besoin de le dire.
J’avais besoin que ça sorte.
Depuis quelques jours, quelques semaines, j’ai une envie d’écrire qui m’étouffe.
Une urgence presque physique.
J’ai très envie de poursuivre mon livre, parce que je sens que je tiens quelque chose.
Écrire me permet de m’auto-analyser, de poser sur le papier tout ce que j’ai vécu, tout ce que j’ai ressenti.
Et qui sait… peut-être un jour publier ce livre.
Peut-être que je pourrais enfin laisser quelque chose à mes enfants.
Parce que, très sincèrement, à mon âge, j’ai l’impression de n’avoir rien fait.
Rien construit.
Rien bâti.
J’ai le sentiment d’avoir échoué partout : dans ma vie professionnelle, dans ma vie personnelle, et même dans mon rôle de mère.
J’ai fait des enfants avec un homme que je n’aimais pas.
Comment ai-je pu faire ça ?
Comment ai-je pu croire, ne serait-ce qu’un instant, que Miasme était mon futur, alors que je n’arrivais même pas à me projeter avec lui ?
Pourquoi je n’ai pas écouté les signaux ?
Pourquoi je ne me suis pas écoutée, moi ?
Pourquoi je ne me suis pas assumée ?
Pourquoi j’ai eu peur ?
Je ne sais pas.
Mais une chose est sûre : j’ai perdu énormément de temps dans ma vie.
Sur tellement de plans.
Et je me suis perdue en chemin.
Aujourd’hui, à presque quarante ans, je découvre que je suis neuro-divergente.
Ou du moins que je le suis probablement.
C’est perturbant.
Découvrir à l’âge adulte que finalement, on n’est pas fou.
Qu’il y a une raison à ce qu’on fait, à ce qu’on dit, à ce qu’on ressent.
Je me retrouve avec ça aujourd’hui, avec très peu de moyens financiers, et très peu d’aide psychologique adaptée.
La psychiatrie pour les adultes est mal prise en charge, ou peu prise au sérieux lorsque l'on atteint pas à sa vie d’une quelconque façon.
C’est un terrain encore trop peu exploré.
Et pourtant, pour moi, ça simplifierais tellement les choses.
Être diagnostiquée.
Mettre un mot clair, concret, extérieur à moi, sur ce que je suis, ce que je pense, ce que je ressens.
Sans que ça vienne uniquement de moi et de ma petite cervelle — qui, finalement, n’est peut-être pas si petite.
Je me suis rabaissée pendant des années.
On m’a rabaissé pendant des années.
Et aujourd’hui, je pense que je suis loin d’être stupide.
Mais je n’ai tellement pas confiance en moi, ni en ce que je peux accomplir, parce que jusqu’ici j’ai l’impression d’avoir tout raté.
Alors oui, me voilà, ce 31 décembre 2025, en train de faire le bilan.
À 14h48, me dire que ça fait des jours que je n’ai aucune nouvelle de l’homme que j’aime, alors que je lui ai simplement demandé de me tenir au moins informée de sa santé.
Je n’ai même pas demandé où il était, ce qu’il faisait, avec qui il passait son temps.
Moi, je ne le vois pas.
Je ne l’entends pas.
Et je ne dis rien.
Je garde tout pour moi.
Je ne sais même pas s’il se rend compte de la souffrance que ça m’inflige.
De ce sentiment d’abandon permanent.
De se dire qu’on ne suffit pas à l’être aimé.
Chaque jour, je me pose les mêmes questions :
Est-ce que je devrais l’abandonner ?
Est-ce que je devrais arrêter de courir après un homme qui ne court pas après moi, qui ne se soucie même pas de moi ?
Et à l’instant même où je pense ça, je me dis que je n’en suis pas capable.
Parce qu’au plus profond de moi, je crois que je suis peut-être la seule à vraiment le comprendre.
Pendant que moi je pense à une seule personne, que je fais tout pour elle, sans même qu’elle me le demande…
Qui pense à moi ?
Qui prend soin de moi ?
Personne.
Et c’est terriblement dur à accepter.
Mais en même temps, je me dis que c’est peut-être de ma faute.
J’ai tout fait pour m’éloigner des humains.
Et pourtant, j’ai tellement besoin d’eux.
C’est paradoxal n'est-ce pas ?
J’ai besoin de partager, d’être entourée, et en même temps, l’humain me répugne : sa façon d’être, de juger, son égoïsme permanent.
Comment peut-on vouloir être à la fois si loin et si proche des autres ?
Comment vivre sereinement avec ça ?
Je suis constamment déçue par l’être humain.
Par sa capacité à utiliser l’autre comme s’il n’était rien, comme si aucun être n’avait de valeur à part sa propre personne.
Alors qu’à plusieurs, on pourrait construire tellement de choses.
Se soutenir.
Apporter chacun sa pierre à l’édifice.
Son intelligence.
Son don.
Pourquoi passer autant de temps à se détruire ?
Je sais, je pars dans tous les sens.
Je parle de ma solitude, de l’homme de ma vie, de l’humanité en général.
C’est mon cerveau qui fonctionne ainsi.
Je saute d’une idée à l’autre.
Et c’est pour ça que c’est si compliqué d’écrire. De trouver le fil conducteur…
Se focaliser sur une seule chose, ne pas se disperser… parfois, les mots n’arrivent même plus à sortir.
Peut-être que j’avais juste besoin de l’écrire.
Tout ça paraît tellement négatif.
Mais ma vie ressemble à un sac de nœuds.
Je suis en constante ébullition. En constante recherche de bonheur, de paix, de logique, de réponse…
Et aussi, malheureusement, en recherche de l’humain qui pourrait m’apporter ce dont j’ai besoin.
On dit souvent qu’il faut être soi-même sa propre source de bonheur.
Je ne suis pas sûre que ce soit vrai.
Oui, on peut apprécier sa solitude.
Oui, on peut apprendre à s’aimer.
Mais je pense qu’on ne peut pas se donner à soi-même ce qu’un autre humain peut offrir.
Ce n’est pas la même chose.
Ce n’est pas la même intensité.
Ce n’est pas la même montée d’adrénaline.
Le même shoot de dopamine.
Kerryanne Etienne
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